Retraite des avocats : la CNBF expliquée simplement
Avocat libéral, vous cotisez chaque année à la CNBF (Caisse nationale des barreaux français) dès le premier jour de votre inscription au Barreau. Ce que ces cotisations vous préparent est souvent mal connu : ce guide fait le point, barème 2026 de la caisse à l’appui, pour que vous puissiez anticiper sereinement.
Deux retraites, une seule caisse
La CNBF verse deux pensions, qui s’additionnent :
- La retraite de base, exprimée en trimestres. Elle est forfaitaire : son montant dépend du nombre de trimestres cotisés, pas du niveau de vos revenus. En 2026, une carrière complète à taux plein donne 19 154 € par an (montant revalorisé de 1 % au 1er janvier 2026).
- La retraite complémentaire, exprimée en points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points, et votre pension est égale au total de vos points multiplié par la valeur du point au moment du départ : 1,0262 € en 2026.
Pour un avocat aux revenus élevés, la retraite de base pèse donc peu face aux revenus d’activité : c’est la retraite complémentaire, et l’épargne que vous constituez à côté, qui font la différence.
Ce que vous cotisez en 2026
Les cotisations proportionnelles sont calculées d’abord sur le revenu de l’avant-dernière année, puis révisées quand le revenu de l’année précédente est connu, et enfin régularisées sur le revenu réel de l’année. Elles sont exigibles au 30 avril, avec la possibilité de payer la moitié au 30 octobre ou de mensualiser.
Le régime de base
| Cotisation | Montant 2026 |
|---|---|
| Forfaitaire, 1re année | 363 € |
| Forfaitaire, 2e année | 730 € |
| Forfaitaire, 3e année | 1 145 € |
| Forfaitaire, 4e et 5e années | 1 558 € |
| Forfaitaire, à partir de la 6e année (et à partir de 65 ans) | 1 988 € |
| Proportionnelle | 3,20 % du revenu net, dans la limite de 297 549 € |
En 1re et 2e année, la cotisation proportionnelle est d’abord calculée sur une base forfaitaire de 9 131 € (19 % du plafond de la Sécurité sociale), soit 292 €, en attendant votre revenu réel. S’y ajoutent les droits de plaidoirie (13 € par droit, payés par vos clients et reversés à la caisse) ou, selon votre revenu, la contribution équivalente.
Le régime complémentaire
Le taux dépend de la tranche de revenu et de la classe que vous choisissez, sur votre espace personnel de la CNBF, du 1er au 31 janvier.
| Revenu net | Classe C1 | Classe C2 | Classe C2+ |
|---|---|---|---|
| Jusqu’à 42 507 € | 7,00 % | 7,00 % | 7,00 % |
| De 42 508 à 85 014 € | 10,40 % | 11,60 % | 11,60 % |
| De 85 015 à 127 521 € | 12,20 % | 13,70 % | 13,70 % |
| De 127 522 à 170 028 € | 14,00 % | 15,80 % | 15,80 % |
| De 170 029 à 212 535 € | 15,80 % | 17,90 % | 20,40 % |
En 2026, un point s’achète 12,5229 € et rapporte 1,0262 € de retraite par an. En début d’activité, la cotisation provisionnelle est de 639 € en classe 1.
L’invalidité-décès
Cotisation forfaitaire de 68 € de la 1re à la 4e année, puis 170 € à partir de la 5e année ; le Barreau verse en plus 163 € pour chaque avocat.
Un exemple chiffré
Sophie, avocate en 8e année d’exercice, déclare 90 000 € de revenu net et cotise en classe 1. Ses cotisations 2026 à la CNBF :
- retraite de base : 1 988 € + 3,20 % × 90 000 € = 1 988 € + 2 880 € = 4 868 € ;
- retraite complémentaire : 7 % × 42 507 € + 10,40 % × 42 507 € + 12,20 % × 4 986 € = 2 975,49 € + 4 420,73 € + 608,29 € = 8 004,51 € ;
- invalidité-décès : 170 €.
Soit environ 13 040 € pour l’année, hors cotisations maladie, famille et CSG-CRDS, appelées par l’Urssaf. À la retraite, sa pension de base sera la même que celle d’un confrère qui gagne deux fois moins, s’ils ont le même nombre de trimestres.
Quand partir, et à quel taux
Pour toucher votre retraite de la CNBF, il faut :
- avoir atteint l’âge légal de départ, qui dépend de votre année de naissance ;
- avoir démissionné du Barreau, sauf si vous bénéficiez du cumul emploi-retraite ;
- être à jour de vos cotisations et de vos déclarations de revenus.
Votre pension est à taux plein si vous avez la durée d’assurance requise tous régimes confondus (de 166 à 172 trimestres selon votre année de naissance, la même règle que pour les salariés), ou à partir de 67 ans. Sinon, elle est minorée de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 25 %, sur la base comme sur la complémentaire ; le nombre de trimestres retenu est le plus petit entre ceux qui manquent pour la durée et ceux qui manquent pour atteindre 67 ans.
À l’inverse, chaque trimestre cotisé au-delà de l’âge légal et de la durée du taux plein majore la retraite de base de 1,25 % (depuis le 1er juillet 2010). Avec moins de 60 trimestres à la CNBF, la retraite de base est calculée autrement : 4 059,72 € par an pour 60 trimestres, au prorata.
La retraite démarre le premier jour d’un trimestre civil (1er janvier, 1er avril, 1er juillet ou 1er octobre), et la demande doit parvenir à la caisse au plus tard le dernier jour du trimestre précédent. Une seule demande, sur info-retraite.fr, vaut pour toutes vos caisses.
Attention aux nouvelles règles : la réforme des retraites de 2023 est suspendue jusqu’au 1er janvier 2028 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025). Pour les retraites qui prennent effet à partir du 1er septembre 2026, l’âge légal et la durée d’assurance de certaines générations sont modifiés : vérifiez votre situation sur info-retraite.fr avant de fixer votre date de départ.
Continuer à exercer : le cumul emploi-retraite
Jusqu’au 31 décembre 2026, vous pouvez toucher votre retraite de la CNBF tout en restant inscrit au Barreau si vous avez le taux plein (ou 67 ans) et si vous avez fait liquider au préalable toutes vos autres retraites, en France comme à l’étranger. Vous continuez de cotiser, mais ces cotisations n’ouvrent de nouveaux droits qu’au régime de base, dans la limite de 2 403 € par an pour une nouvelle carrière complète. La CNBF annonce un dispositif beaucoup plus restrictif à partir du 1er janvier 2027, soumis à une condition de montant de pension toutes retraites confondues : parlons-en avant de décider de la date de votre départ.
La CNBF protège aussi en cas d’invalidité ou de décès
Votre cotisation invalidité-décès ouvre droit, après 12 mois d’affiliation, à une indemnité de 90 € par jour pour invalidité temporaire du 91e au 1 095e jour d’arrêt, à une pension en cas d’invalidité permanente, à un capital décès de 50 000 € et à une rente pour vos enfants (4 789 € par an et par orphelin en 2026). Du 1er au 90e jour, c’est le contrat de votre barreau (LPA ou AON) qui intervient. Le détail, et ce qui reste à couvrir pour maintenir vos revenus, se trouve sur notre page Prévoyance avocat.
Comment compléter votre retraite
Comparez votre future pension (base et complémentaire) à vos revenus d’activité : l’écart est ce qui reste à compléter. Le PER individuel, appelé « PER TNS » pour un avocat libéral, est l’outil de référence : vos versements sont déductibles de votre bénéfice dans un plafond propre aux indépendants, et l’épargne se récupère à la retraite en capital, en rente ou les deux. Notre simulateur PER calcule votre économie d’impôt, et notre page Retraite et PER détaille les règles.
Un conseil : commencez par votre prévoyance. Protéger vos revenus en cas d’arrêt de travail est la priorité ; la retraite se construit ensuite, sur une base solide.
Sources
- CNBF — barème des cotisations et prestations 2026
- CNBF — demande de liquidation, calcul des droits
- CNBF — les cotisations de l'avocat non-salarié
- CNBF — le cumul emploi-retraite
Informations générales, à jour à la date indiquée ; elles ne remplacent pas l'étude de votre situation personnelle.